Sur les Toits

(Jonas/C.Schaerer)

J’aime à me balader sur les toits
Plus près des étoiles, en bas je suis à l’étroit
Pas toi? Décoller de ce train-train sournois
Qui pèse sur mon sur-moi, qui m’a à l’usure
Ressusciter le temps tué dans les huées
A mes heures perdues, pouvoir enfin me retrouver
Fils des nuées, on l’oublie trop vite
Aux pieds des édifices qui nous prennent en orbite
Plus proche de la lune, de mes ancêtres
De quelques dizaines de mètres, d’une volute de brume
L’horizon est un cercle, et l’au-delà est incertain
Si le ciel est grand, et ben sers-toi

Moi, sur les toits, sous les étoiles
J’y nettoie mes émois, mes états d’âmes
Y déploie la voix lactée, sur mes voiles
Y vois mes actes, et mes tas de semblables

Sur les toits, plus qu’un murmure de voix
Rien qu’une rumeur au loin, une petite cure de calme
Un bol d’heure pure, un pur bol en haut d’une échelle
Le bonheur est dans le près, si tu essayes
Seul, devenir l’homme invisible
L’œil fleurit la nuit, quand la routine pète un fusible
Face au manège des ménages, ombres chinoises
De mon sombre nichoir, la gravité s’allège
A l’aise, tuiles passées sous mes pieds
Ici c’est le paradis pour épier
Ce périmètre où je gravite, les mécanismes où je pars vite
Sur la tête de ma ville, les nuages m’invitent
Regard en l’air, je scrute en quête
D’un autre ovni, et oui je repars en mer
En haut du mas, l’attrait du lointain
Quand tout est éteint, capter que tout est un

J’ai vu des soleils naître et mourir
J’ai vu des êtres paître et d’autres courir
La tête pleine de peut-être lors des nuits sans sommeil
A me demander quels rêves j’allais nourrir
Se débrancher pour se reconnecter
Penché sur le vide, qu’est-ce qu’on veut collecter?
Sous le coup de la loi de l’attraction
Avec du plomb dans l’aile, on ne s’envole que par fraction
De son perchoir, le prêcheur au crachoir
En quête de fraîcheur a reposé sa mâchoire
Tard, ce soir dans la noirceur
Car trop de lumière et les étoiles se meurent