Le Couteau

(Jonas/A.Kurtz)

Ils ont ces couteaux dans les poches, s’en vantent avec les potes
Et s’en moquent qu’ils furent forgés à une autre époque
Histoire courte ignorée de beaucoup trop
Ainsi j’te te ramène à l’âge de fer de ces couteaux

Un temps où cette lame était le seul moyen de clamer
Son existence, c’était cela ou cramer
Graver son nom sur les murs quand l’arbre généalogique
Avait perdu sa logique, mystère de la géologie
Les seules strates étaient les classes sociales des States
L’esclavage aboli, mais pas de place sur l’estrade
Alors on a planté cette culture, fait ses marques
Bien souvent tracées de l’autre côté de la marge
C’était barge, quartiers à couteaux tirés
Nouveau phénomène et toute une jeunesse attirée
Les exclus admirés sortant de la ligne de mire
Tout a démarré là où le chaos demeurait
Le soufflet de la rage chauffait le couteau à rouge
Défonçant les barrages, une envie de goûter à tout
Petit à petit les destinées se permutent
Et cette lame permit d’extraire pas mal de balles perdues

Le couteau coupe, laisse ses marques
Oups, paré à trancher les amarres
Je passe sous la loupe une page de l’histoire
Où la rage et l’hystérie rajoutent un art sur la liste

On n’imaginait pas s’couper de telles parts de bifteck
Avec ce couteau, et ça a recoupé aussi sec
De la famine à l’orgie, ce fut la débandade
Bandes adverses, de quoi verser des larmes comme dans Bess et Porgy
On avait presque négligé l’âme de cette lame
De cet outil, par gain, C’était plus pourquoi, mais pour qui
Puis certains se complaisent à tripper sur son manche
Le décorer de diamants, perso, je trouve ça moche
Mais, à la longue, cette lame s’émoussa
Ne tranchant plus aussi net, plus la même secousse
Ça impressionne quelques minettes et les gosses de riches
À la longue la baïonnette fit surtout figure de grosse triche
La cible devint les autres protagonistes
Que l’on taille et que l’on crible et l’espoir agonise
Une lame qui avait su percer le rideau de l’ombre
Avait taillé ses propres voiles à trop se soucier de l’onde

Je cause, avec dans ma poche, mon petit couteau suisse
Plein d’outils que d’autres n’ont pas, comme cet ouvre-boîte
Une lime à ongle, une petite lame inoffensive
Un cure-dents car je ne mange pas que du riz et des pâtes
Qui suis-je alors, hein, pour juger les autres surins
C’est sûr, j’ai pas grandi aux pieds du mur ni dans le purin
Mais il porte sa croix, aussi petite soit elle
Et souhaite, encore une fois, produire quelques étincelles
C’est pas une arme blanche, mais noire et latine
Qui m’a permis d’aiguiser ma voix sur des platines
Héritier d’une culture apprise sur le tas et le tard
Je représente d’abord mes vérités et mes tares
Le couteau, à soi d’en choisir l’usage
Toujours dans ma poche, même si on dit qu’j’ai plus l’âge
C’est avec lui que d’la scène j’ai perdu mon pucelage
Et poursuivis mes rêves des plus fous aux plus sages