La Baleine

Avec Yael Miller
(Jonas/M.Godinat)

A la pêche à la baleine je ne veux plus y aller
J’ai laissé a ligne de l’horizon l’avaler

Le décor, une plage, peu de gens dans les parages
Hors de l’espace-temps, les rochers n’ont pas d’âge
Je marche dans le vague, les vagues avalent mes empreintes
Le sable est à nouveau vierge de mes rêves, de mes craintes
Elle, étendue sur son flan, ballottée par l’écume
Le regard flottant au loin, à moitié dans les brumes
Terme du parcours, entre terre et mer, même les plus téméraires
Posent les rames à leur tour pour aller s’abreuver d’éther
Et ça a duré tout un beau jour, ou peut-être une année, voire trois
Je ne sais plus par quoi, et par où j’ai navigué
À lutter à contre-courant aux côtés d’une baleine échouée
Qui s’apprêtait à prendre le large, alors que je rêvais d’une bouée

Fallait-il la remettre à l’eau, lui permettre de repartir au loin
Ou juste se soumettre à la loi qui dicte tout être
Tiraillé entre les « peut-être », et se sentir coupable, oui
D’entraver le destin, d’être celui qui ne comprend rien
Je n’entendais plus aucun son n’écoutant que mon espoir
Et ne percevais plus son chant, résigné sur la fin de l’histoire
C’est surtout la peur de la mort qui nous empêche de vivre
Je l’ai appris près d’une baleine, pas dans un livre
Partie pour d’autres rives, celle qui m’avala
Dans l’antre de son ventre, et qui me vomit à Ninive
A mis les voiles, vers le Walhalla, sur un sentier de cendres
Bercée par les bras du vent, quelque part, par là-bas

En plein deuil d’une baleine, un vide qui peut peser des tonnes
Mais qui m’a fait des clins d’œil, depuis les parapluies d’automne
Une drôle de lame de fond l’a prise par le fond de l’âme
Vers d’autres banquises, non, ne fonds donc pas en larmes
Bon sang, petit poisson, me dit-elle de ses fanons
Tu ne tètes plus ta mère, ne te morfonds pas sur ton banc
Je ne m’étonne donc plus si la vapeur d’eau qu’elle pulvérisait
Ne coule pas de mes yeux, mais joue juste sur mon pare-brise
Parce qu’une baleine, c’est balaise, à en perdre haleine
Pas la peine de faire un malaise, de pleurer comme une madeleine
Et c’est pas l’homme qui prend la mer, ça on l’sait depuis un moment
C’est juste l’âme qui rend le corps, et non l’inverse, pas vrai, maman ?

Le décor, une plage, peu de gens dans les parages
Hors de l’espace-temps, les rochers n’ont pas d’âge
Je marche dans le vague, les vagues avalent mes empreintes
Le sable est à nouveau vierge de mes rêves, de mes craintes